C’est une situation qui arrive dans la carrière de nombreux soignants (médecins, kinés, infirmiers, psychologues), mais qui reste un tabou absolu. Vous ressentez une attirance pour une patiente. Est-ce de l’amour ? Du contre-transfert ? Au-delà de l’émoi personnel, cette situation place le professionnel de santé sur une ligne rouge éthique et légale qu’il ne faut surtout pas franchir tant que la relation de soin existe.
Les infos à retenir
- 🛑 L’interdit absolu : le passage à l’acte. Le Code de déontologie médicale et le Code de la santé publique interdisent formellement toute relation intime ou sexuelle avec un patient. C’est considéré comme un abus de faiblesse et une faute professionnelle grave.
- 🧠 Le piège du « Sauveur » (Contre-transfert) : L’attirance est souvent biaisée par la relation de soin. L’intimité des corps ou des confidences crée une fausse proximité. Le soignant peut confondre le désir de « réparer » l’autre avec de l’amour.
- ⚖️ Le risque de radiation : Un soignant qui séduit sa patiente risque une plainte auprès de l’Ordre (Médecins, Kinés…), pouvant mener à une interdiction d’exercer temporaire ou définitive.
- ✅ La seule solution éthique : rompre le contrat de soin. Si les sentiments sont ingérables ou réciproques, vous devez impérativement adresser la patiente à un confrère et cesser d’être son soignant AVANT d’envisager quoi que ce soit d’autre.
Pourquoi cette attirance est-elle fréquente (et trompeuse) ?
La relation de soin est un terreau fertile pour les projections affectives.
Le Transfert (du patient) : Le patient, en position de vulnérabilité, peut idéaliser son soignant, le voyant comme une figure protectrice, savante et bienveillante. Cette admiration peut ressembler à de la séduction.
Le Contre-transfert (du soignant) : En retour, le soignant peut être flatté par cette admiration ou touché par la vulnérabilité de la patiente. L’intimité physique (examen, massage) ou psychique (confidences) court-circuite les barrières sociales habituelles.
Il est crucial de se demander : « Cette personne me plairait-elle autant si je la rencontrais au supermarché, sans ma blouse blanche et mon statut d’expert ? »
Le cadre légal et déontologique : une barrière infranchissable
La loi protège le patient. Elle considère qu’il n’y a pas de consentement libre et éclairé possible dans une relation asymétrique où l’un détient l’autorité et le savoir (le soignant) et l’autre est en demande d’aide (le patient).
Toute tentative de séduction de la part du soignant est qualifiable de harcèlement sexuel ou d’abus de faiblesse. Même si la patiente semble « consentante » ou à l’initiative, c’est au professionnel de tenir le cadre. S’il cède, il est en tort.

Conduite à tenir : protéger la patiente et votre carrière
Si vous sentez que vous perdez votre neutralité bienveillante :
1. Analysez-vous (Supervision) : Si vous êtes psy ou médecin, parlez-en en supervision ou à un confrère de confiance. Mettre des mots sur ce contre-transfert suffit souvent à désamorcer le fantasme.
2. Recadrez si nécessaire : Si la patiente est séductrice, rappelez le cadre professionnel avec douceur mais fermeté.
3. Passez la main : C’est l’étape indispensable si l’attirance persiste. Vous ne pouvez plus la soigner correctement (risque de sur-diagnostic, de sous-diagnostic, ou de geste déplacé). Dites-lui : « Je pense qu’un confrère sera plus à même de vous aider pour la suite de votre prise en charge ».
4. Et après ? Une fois la relation thérapeutique officiellement terminée, le Code de déontologie est moins explicite sur la durée d’attente, mais la prudence impose un délai de décence pour s’assurer que la relation n’est plus sous influence.
L’avis du membre du Conseil de l’Ordre
« Nous traitons régulièrement des plaintes disciplinaires sur ce sujet. La défense ‘c’était une histoire d’amour partagée’ ne tient pas devant la chambre disciplinaire si la relation a débuté pendant les soins. Le médecin est garant de l’éthique. Il doit savoir que le patient est vulnérable. Franchir la ligne rouge, c’est trahir le serment d’Hippocrate. Si vous tombez amoureux, vous devez démissionner de votre rôle de médecin pour cette personne immédiatement. »
L’éthique avant les sentiments
Ressentir une attirance est humain et incontrôlable. Agir sur cette attirance dans le cabinet est une faute grave. La seule voie honorable est de reconnaître cette limite, de transférer le dossier médical à un confrère, et de sortir de la relation soignant-soigné. C’est la seule façon de respecter la patiente et de protéger votre intégrité professionnelle.
Foire Aux Questions (FAQ)
⏳ Combien de temps attendre après la fin des soins ?
Il n’y a pas de délai légal écrit en France (contrairement aux psys aux USA qui ont souvent 2 ans d’interdiction). Cependant, la jurisprudence regarde si l’influence du médecin a persisté. Attendre que la patiente soit guérie et autonome est le minimum de bon sens.
🤐 Puis-je lui avouer mes sentiments ?
Tant qu’elle est votre patiente : NON. Cela serait une intrusion dans sa psychisme et une pression induite. Cela pourrait la faire fuir les soins ou la déstabiliser gravement.
🤝 Est-ce pareil pour une relation amicale ?
La frontière est plus floue mais le principe reste : la familiarité excessive nuit au jugement clinique. Devenir l’ami intime de son patient complique les soins (comment annoncer une mauvaise nouvelle à un ami ?). La distance professionnelle est une protection.









