Tissu japonais traditionnel teint en "Korozen" (couleur soleil levant), réservé à l'Empereur.

Existe-t-il des couleurs interdites au Japon ? Histoire et usages

Le Japon est un pays de codes et de traditions millénaires. Parmi ces codes, celui des couleurs a longtemps été régi par des lois strictes. Si vous avez entendu parler de « couleurs interdites » (Kinjiki), sachez que ce concept est historique. Aujourd’hui, vous ne finirez pas en prison pour avoir porté un t-shirt de la mauvaise teinte, mais certaines couleurs conservent une symbolique sacrée et impériale très forte qu’il est fascinant de connaître.

Les infos à retenir

  • 👘 Le système « Kinjiki » : Instauré au 7ème siècle, ce système définissait des couleurs réservées exclusivement à l’Empereur et à la haute cour, interdisant leur port au peuple sous peine de sanctions.
  • ☀️ La couleur suprême : le Korozen. C’est une teinte jaune-brun (couleur du soleil au zénith) obtenue par la teinture de sumac. Elle est encore aujourd’hui réservée à l’Empereur du Japon pour les cérémonies solennelles.
  • 🟠 Les autres couleurs réservées : Sept autres couleurs, dont certaines nuances spécifiques de rouge profond, de vert pâle et de violet foncé, étaient associées à des rangs de noblesse précis.
  • Aujourd’hui : aucune interdiction légale. Pour un touriste ou un citoyen lambda, il n’y a plus d’interdiction légale. Cependant, porter ces teintes exactes lors d’un mariage traditionnel ou d’une cérémonie officielle pourrait être vu comme un faux pas culturel (ou un déguisement).

Qu’est-ce que le système des « Couleurs Interdites » (Kinjiki) ?

Introduit au Japon au VIIe siècle (période Asuka) et formalisé durant l’époque de Heian, le système de rangs par couronnement a établi une hiérarchie sociale stricte. Pour rendre cette hiérarchie visible, des couleurs de vêtements spécifiques étaient attribuées à chaque rang.
Les « Kinjiki » (couleurs interdites) étaient celles que nul ne pouvait porter sans autorisation impériale. À l’inverse, les « Yurushiiro » (couleurs permises) étaient accessibles au peuple. Ce système permettait de savoir, au premier coup d’œil, qui était en face de soi : un haut dignitaire, un fonctionnaire ou un roturier.

Quelle est la couleur « Korozen » et pourquoi est-elle spéciale ?

La plus sacrée de toutes est le Korozen (黄櫨染). C’est une couleur complexe, décrite comme un jaune-brun doré évoquant le soleil du midi. Elle est obtenue grâce au bois de l’arbre à cire (Sumac) et de bois de sappan.
Depuis l’an 820, cette couleur est l’apanage exclusif de l’Empereur. Il porte une robe de cette couleur (le *Korozen no goho*) lors des rites les plus sacrés du Shintoïsme et lors de la cérémonie d’intronisation. Encore aujourd’hui, bien que la loi ne vous interdise pas de porter du jaune moutarde, la teinte exacte du Korozen reste symboliquement intouchable et associée à la divinité solaire Amaterasu.


Les autres couleurs « sensibles » dans la culture japonaise actuelle

Si les interdits impériaux sont de l’histoire ancienne, la symbolique des couleurs reste forte au Japon contemporain.

Le Blanc (Shiro)

Longtemps associé au deuil et à la mort (les vêtements des défunts et des samouraïs commettant le seppuku étaient blancs), le blanc est aujourd’hui courant, notamment pour les mariées (influence occidentale et pureté shinto). Cependant, offrir des fleurs blanches (comme des lys ou des lotus) est toujours associé aux funérailles.

Le Rouge (Aka)

Il n’est pas interdit, mais il faut faire attention à l’usage de l’encre rouge. Écrire le nom de quelqu’un en rouge est très mal vu, car cela rappelle les inscriptions sur les pierres tombales. Cela peut être interprété comme un souhait de mort ou une rupture de relation.

L’avis du guide culturel au Japon

« Les voyageurs me demandent souvent s’ils peuvent porter telle ou telle couleur. Rassurez-vous, personne ne vous arrêtera à Tokyo parce que vous portez du violet ou du jaune impérial. Le Japon moderne est très libre vestimentairement. Ces ‘interdits’ concernent uniquement les vêtements traditionnels (Kimono) lors de cérémonies très codifiées. En revanche, évitez absolument d’écrire une carte de vœux avec un stylo rouge ou d’offrir un mouchoir blanc (signe de rupture), ce sont des impairs bien plus réels au quotidien. »


Un héritage esthétique plus qu’une loi

Les « couleurs interdites » sont aujourd’hui un patrimoine culturel fascinant qui témoigne du raffinement de la cour impériale japonaise. Si vous visitez le Japon, vous n’avez aucune restriction vestimentaire à craindre. Appréciez simplement la beauté de ces nuances lors des visites de musées ou si vous avez la chance d’apercevoir une procession traditionnelle.


Foire Aux Questions (FAQ)

🍊 Le orange est-il interdit ?

Non. Le « Kouni » (orange) était la couleur du Prince Héritier, donc historiquement réservée. Aujourd’hui, c’est une couleur populaire et joyeuse, très visible dans la mode ou le design (et sur les trains !).

🖊️ Pourquoi ne faut-il pas écrire un nom en rouge ?

L’origine vient des sceaux funéraires. Sur une pierre tombale, le nom des personnes vivantes est peint en rouge et devient noir à leur décès. Écrire le nom d’une personne vivante en rouge sur un papier est donc associé à une mort prématurée ou à une malédiction.

👘 Puis-je louer un kimono de n’importe quelle couleur ?

Oui. Les boutiques de location de kimono à Kyoto ou Tokyo proposent toutes les couleurs. Les habilleuses sauront vous conseiller pour éviter les associations de couleurs de mauvais goût ou anachroniques, mais aucune couleur n’est interdite aux touristes.

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